On voit souvent le tableau une fois terminé. Le cadre, les couleurs, les fleurs réunies. Avant cela, il y a une partie du travail qui se voit peu : le temps passé entre les feuilles de papier.
Au début, je pressais les fleurs à la table de la maison, entre des livres. Ce geste simple est resté au centre de mon travail. Il demande de l’attention, puis il demande d’attendre.
Laisser une place au temps
Quand une fleur est déposée dans le papier, la composition n’est pas encore décidée. Il y a d’abord sa forme à regarder : la manière dont les pétales se superposent, la direction de la tige, ce qui peut se déployer.
Le pressage transforme la matière. La fleur perd son volume et ses couleurs peuvent changer. Je ne retrouve pas exactement celle que j’avais devant moi, et c’est aussi ce qui m’intéresse dans ce travail.
Il n’y a pas une durée que j’aimerais imposer à toutes les fleurs. Leur épaisseur et leur humidité sont différentes. Pour les gestes pratiques, j’ai réuni mes repères dans le guide.
Regarder avant de composer
Une fois pressée, la fleur appelle un nouveau regard. Une petite irrégularité devient visible ; un pétale laisse passer la lumière. Ce qui semblait secondaire prend parfois toute sa place.
Je peux alors chercher comment l’accompagner sur le papier. Avec une autre fleur, quelques feuilles, ou rien de plus. L’attente ne choisit pas le tableau à ma place, mais elle m’oblige à partir de ce qui est réellement là.
Cette part silencieuse existe dans chacune de mes créations. Elle ne se mesure pas à la taille du cadre. Elle commence bien avant lui.
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